D'en haut, le Verdon n'est qu'un ruban vert pâle coincé entre deux murs de calcaire ; d'en bas, ces mêmes murs montent à près de 700 mètres au-dessus de la tête du randonneur. Toute la préparation d'une visite des gorges du Verdon tient dans ce double point de vue : choisir entre la route en balcon, qui montre l'ampleur du canyon en quelques heures, et le fond de la gorge, qui demande une journée entière et un peu d'organisation.

Le Parc du Verdon voit dans ce site un trait d'union entre la Méditerranée et les contreforts alpins. Pour un voyageur installé à Marseille ou dans une chambre d'hôtes de Haute-Provence, c'est la grande excursion de l'intérieur des terres, et elle se prépare différemment d'une sortie dans les calanques.

Les gorges du Verdon en repères

Avant de tracer un itinéraire, quelques points fixes aident à se situer. Ils proviennent du Parc du Verdon, qui anime la gestion du site, et de l'office de tourisme Verdon Tourisme.

RepèreCe qu'il faut retenir
Communes du siteCastellane, Rougon, La Palud-sur-Verdon, Moustiers-Sainte-Marie (Alpes-de-Haute-Provence) ; Comps-sur-Artuby, Trigance, Aiguines (Var)
Hauteur des paroisPrès de 700 mètres
ProtectionSite classé en 1990 au titre de la loi sur les monuments naturels et les sites
Démarche Grand SiteLancée en 2010, dossier de candidature au label daté du 30 janvier 2026
Sentier phareBlanc-Martel, 16 km aller simple, de la Maline jusqu'au Point Sublime
Faune emblématiqueVautour fauve réintroduit en 1999, plus de 200 couples nicheurs

Le mot « gorges » recouvre en pratique un ensemble plus vaste : le canyon lui-même, les villages perchés qui le bordent, et les deux lacs de retenue qui l'encadrent, Castillon en amont vers Castellane et Sainte-Croix en aval, là où la rivière débouche au pied de Moustiers-Sainte-Marie.

Un label encore en projet

Le classement de 1990 protège le paysage ; le label Grand Site de France, lui, n'est pas encore attribué aux gorges. Le Parc présente la démarche comme un projet en cours, engagée en 2010 pour concilier économie locale et préservation. Concrètement, elle s'est traduite par le réaménagement du Point Sublime, l'ouverture du parking du couloir Samson en 2021, un belvédère aménagé au col d'Illoire, au-dessus d'Aiguines, et l'inauguration, en 2023, d'une maison de site au Point Sublime, sur la commune de Rougon. Cette maison de site informe les visiteurs et les incite à passer d'une rive à l'autre plutôt que de s'arrêter au seul belvédère le plus connu.

Deux routes en corniche, une par rive

La voiture reste le moyen le plus simple de faire le tour des gorges du Verdon, à condition d'accepter des routes étroites, sinueuses et souvent chargées en été. Le Parc lui-même parle de routes qui « dansent au bord du vide » : la prudence vaut autant pour la conduite que pour les arrêts photo improvisés sur le bas-côté.

Rive droite : Point Sublime et route des Crêtes

Côté Alpes-de-Haute-Provence, la route qui relie Castellane à Moustiers-Sainte-Marie passe par Rougon et La Palud-sur-Verdon. Le Point Sublime, près de Rougon, est le premier grand belvédère sur l'entrée du canyon et le point d'arrivée du sentier Blanc-Martel. Depuis La Palud-sur-Verdon, la route des Crêtes forme une boucle en corniche jalonnée de belvédères sur la partie la plus profonde des gorges. Pour lire ces points de vue sur un fond de carte et repérer les parkings, l'article qui détaille les cartes du canyon complète utilement ces repères.

Rive gauche : par Aiguines et les hauteurs varoises

Côté Var, la route part d'Aiguines, au-dessus du lac de Sainte-Croix, et longe la rive gauche en direction de Trigance et Comps-sur-Artuby. Au col d'Illoire, le point de vue réaménagé dans le cadre de la démarche Grand Site, ouvre la vue sur la sortie du canyon et le lac. Cette rive est boisée de hêtres et de chênes ; autour d'Aiguines, la hêtraie bénéficie du statut de réserve biologique dirigée, confié à l'Office national des forêts.

Combiner les deux rives

Le tour complet par les deux rives se fait dans la journée, mais il laisse peu de temps pour marcher. Une organisation fréquente consiste à consacrer une journée à la rive droite avec la route des Crêtes, et une autre à la rive gauche et au lac de Sainte-Croix, en dormant à Moustiers-Sainte-Marie, La Palud-sur-Verdon ou Castellane. Ce découpage évite surtout de conduire en fin de journée sur des routes de corniche, fatigué et ébloui par le soleil couchant.

Vue plongeante sur le fond d'une gorge calcaire boisée au lit de rivière presque à sec

Descendre au fond : le sentier Blanc-Martel

Le sentier Blanc-Martel est la randonnée la plus connue des gorges, et la seule qui longe vraiment le lit de la rivière selon Verdon Tourisme. Il part du Chalet de la Maline, près de La Palud-sur-Verdon, et finit au Point Sublime, à Rougon, après 16 kilomètres en aller simple.

Un aller simple qui se prépare

Le profil n'a rien d'une promenade : environ 400 mètres de descente entre le Chalet de la Maline et le Verdon, puis une remontée d'environ 200 mètres vers le Point Sublime. L'office de tourisme recommande ce sens, de la Maline vers le Point Sublime, pour trois raisons : la descente est plus facile que la montée, l'escalier de la Brèche Imbert et ses 250 marches est plus impressionnant dans ce sens, et la navette est conçue pour lui. Le sentier reste praticable dans l'autre sens, mais certains passages étroits rendent les croisements délicats.

Comme il ne s'agit pas d'une boucle, le retour au véhicule est la vraie difficulté logistique. Une navette du matin relie La Palud-sur-Verdon au Chalet de la Maline ; elle se réserve sur le site de navette du Parc du Verdon, qui publie aussi une foire aux questions sur son fonctionnement. Il vaut mieux réserver avant de partir de Marseille plutôt que de compter sur une place le jour même.

Les passages qui jalonnent le parcours

Le long du sentier se succèdent le Pré d'Issane, la Baume aux Bœufs, la Mescla, la Brèche Imbert, l'éboulis des Guègues, puis les tunnels de Trescaïre et du Baou avant le couloir Samson. Les tunnels sont longs et obscurs : une lampe frontale fait partie de l'équipement indispensable, tout comme de bonnes chaussures, de l'eau en quantité et de quoi manger, car il n'y a aucun ravitaillement au fond du canyon.

Un nom, deux hommes

Le sentier porte le nom d'Isidore Blanc, instituteur à Rougon, et d'Édouard-Alfred Martel, spéléologue. Martel avait été mandaté par le ministère de l'Agriculture pour chercher des ressources en eau potable pour la Provence. Son expédition de 1905 a traversé le canyon en quatre jours, du couloir Samson jusqu'au Galetas. Le sentier actuel a été ouvert par le Touring Club de France dans les années 1930.

Sur l'eau et autour des lacs

À la sortie des gorges, le lac de Sainte-Croix offre un accès par l'eau à la partie aval du canyon : les loueurs installés sur ses rives proposent pédalos, canoës et bateaux électriques pour remonter entre les falaises. En amont, autour de Castellane, la rivière se prête aux sports d'eau vive encadrés par des professionnels.

Le niveau et le débit du Verdon dépendent des barrages qui le régulent ; ils peuvent changer rapidement. Les panneaux installés aux accès et les consignes des professionnels priment sur toute habitude. L'article consacré à la météo des gorges et aux lâchers d'eau détaille les saisons, les orages et ce qu'il faut surveiller avant de s'engager près de la rivière.

Le Parc du Verdon publie par ailleurs des règles de navigation et de sécurité propres à chacun de ses lacs ; elles évoluent d'une saison à l'autre et se consultent avant toute location.

Vautours, apron et chamois

Le canyon est aussi un milieu naturel suivi de près. D'après le Parc, plus de 200 couples de vautours fauves nichent désormais dans les gorges, où l'espèce a été réintroduite en 1999 avant d'être suivie par la Ligue pour la protection des oiseaux. Les grands oiseaux planent souvent le long des falaises de la rive droite, ce qui en fait l'un des spectacles les plus faciles à observer depuis les belvédères.

Dans la rivière vit l'apron du Rhône, un petit poisson classé en danger critique d'extinction, que le Parc présente comme un indicateur de bonne qualité de l'eau. Sur les chemins, les chamois se laissent parfois apercevoir. Près du lac de Sainte-Croix, côté rive droite, des terrasses de tuf bénéficient du statut de réserve naturelle régionale. Rester sur les sentiers balisés et ne rien cueillir répond directement à ces protections.

Vautour fauve en vol, ailes déployées, devant une paroi rocheuse

Les villages qui bordent les gorges du Verdon

Les sept communes du site ont chacune un rôle dans une visite.

  • Moustiers-Sainte-Marie, à la sortie du canyon et au-dessus du lac de Sainte-Croix, est la porte d'entrée la plus fréquentée.
  • La Palud-sur-Verdon est le point de départ de la route des Crêtes et de la navette du sentier Blanc-Martel.
  • Rougon surplombe le Point Sublime et accueille la maison de site.
  • Castellane marque l'entrée amont des gorges, près du lac de Castillon.
  • Aiguines commande la rive gauche côté Var, face au lac de Sainte-Croix.
  • Trigance et Comps-sur-Artuby ferment le circuit de la rive gauche, sur les plateaux varois.

Au-delà de ces sept communes, le territoire de l'office de tourisme Alpes Provence Verdon rassemble 39 villages, d'Annot à Entrevaux en passant par Colmars-les-Alpes et Saint-André-les-Alpes, pour qui veut prolonger le séjour vers les Alpes.

Depuis Marseille : organiser l'excursion

Depuis Marseille, les gorges du Verdon se rejoignent par l'autoroute vers le nord, puis par les routes de Haute-Provence via le plateau de Valensole ou par le Var. L'aller-retour dans la journée est possible pour une découverte en voiture des belvédères, mais il impose un départ tôt et beaucoup de conduite. Pour le sentier Blanc-Martel, qui commence avec la navette du matin à La Palud-sur-Verdon, dormir sur place la veille est presque indispensable.

Pour les voyageurs qui logent à Marseille, les gorges peuvent s'intégrer à un séjour plus large en Provence intérieure, avec le plateau de Valensole, Moustiers-Sainte-Marie et les villages varois. Ce type de combinaison est détaillé dans le guide pour des week-ends provençaux, tandis que les autres sorties de la région sont regroupées dans notre rubrique consacrée à Marseille et à la Provence.

Quand y aller

Le printemps et le début de l'automne offrent des journées assez longues pour la randonnée, avec moins de circulation sur les routes de corniche. L'été est la saison des activités sur l'eau et des lacs, mais aussi celle des parkings saturés aux belvédères et des orages de fin d'après-midi. En hiver, la neige peut gêner l'accès aux sentiers et aux routes d'altitude ; les conditions se vérifient avant de partir.

Questions fréquentes

Une journée suffit-elle pour les gorges du Verdon ?

Une seule journée suffit pour parcourir les belvédères des deux rives en voiture. Deux jours permettent de séparer la rive droite et la rive gauche, et un troisième jour est nécessaire pour le sentier Blanc-Martel, qui occupe à lui seul une journée complète.

Peut-on visiter les gorges du Verdon sans voiture ?

C'est difficile. Le sentier Blanc-Martel est desservi par une navette du matin entre La Palud-sur-Verdon et le Chalet de la Maline, à réserver sur le site du Parc du Verdon, mais il faut d'abord rejoindre La Palud-sur-Verdon. Les points de vue de la boucle des Crêtes et de la rive gauche restent pensés pour un accès en voiture.

Quels sont les plus beaux points de vue des gorges du Verdon ?

Le Point Sublime à Rougon, les points de vue de la boucle des Crêtes au départ de La Palud-sur-Verdon et le col d'Illoire au-dessus d'Aiguines sont les principaux. Ils offrent trois angles différents : l'entrée du canyon, sa partie la plus profonde et sa sortie vers le lac de Sainte-Croix.

Le sentier Blanc-Martel est-il difficile ?

Il demande une bonne condition physique : 16 kilomètres en aller simple, environ 400 mètres de descente, 250 marches à la Brèche Imbert, une remontée d'environ 200 mètres vers le Point Sublime et des tunnels à franchir à la lampe frontale. Il ne convient pas aux jeunes enfants.

Les gorges du Verdon sont-elles un Grand Site de France ?

Pas encore. Le site est classé depuis 1990 et le Parc naturel régional du Verdon anime depuis 2010 une démarche Grand Site, dont le dossier de candidature au label a été daté du 30 janvier 2026.

Où loger pour visiter les gorges du Verdon ?

Moustiers-Sainte-Marie et Aiguines conviennent pour le lac de Sainte-Croix et la rive gauche, La Palud-sur-Verdon pour la boucle des Crêtes et le sentier Blanc-Martel, Castellane pour l'amont et les sports d'eau vive. Les offices de tourisme du territoire et les Gîtes de France recensent les hébergements déclarés.

Sources et références

  • Parc naturel régional du Verdon, Le projet « Grand site de France – Gorges du Verdon » — www.parcduverdon.fr
  • Verdon Tourisme (office de tourisme Alpes Provence Verdon), Blanc-Martel trail — www.verdontourisme.com
  • Parc naturel régional du Verdon, page d'accueil et accès à la navette Blanc-Martel — www.parcduverdon.fr